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Avec le temps (Léo Ferré) Avec le temps Avec le temps, va, tout s'en va On oublie le visage et l'on oublie la voix Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien Avec le temps Avec le temps, va, tout s'en va L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie L'autre qu'on devinait au détour d'un regard Entre les mots, entre les lignes et sous le fard D'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit Avec le temps tout s'évanouit Avec le temps Avec le temps, va, tout s'en va Même les plus chouettes souvenirs ça t'as une de ces gueules À la galerie j'farfouille dans les rayons d'la mort Le samedi soir quand la tendresse s'en va toute seule Avec le temps Avec le temps, va, tout s'en va L'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien L'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux Pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous Devant quoi l'on s'traînait comme traînent les chiens Avec le temps, va, tout va bien Avec le temps Avec le temps, va, tout s'en va On oublie les passions et l'on oublie les voix Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid Avec le temps Avec le temps, va, tout s'en va Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu Et l'on se sent glacé dans un lit de hasard Et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard Et l'on se sent floué par les années perdues- alors vraiment Avec le temps On n'aime plus Comme ils disent (Charles Aznavour) J'habite seul avec maman Dans un très vieil appartement Rue Sarasate J'ai pour me tenir compagnie Une tortue, deux canaris Et une chatte Pour laisser maman reposer Très souvent je fais le marché Et la cuisine Je range, je lave, j'essuie A l'occasion je pique aussi A la machine Le travail ne me fait pas peur Je suis un peu décorateur Un peu styliste Mais mon vrai métier, c'est la nuit Que je l'exerce, travesti Je suis artiste J'ai un numéro très spécial Qui finit en nu intégral Après strip-tease Et dans la salle je vois que Les mâles n'en croient pas leurs yeux Je suis un homme oh! Comme ils disent Vers les trois heures du matin On va manger entre copains De tous les sexes Dans un quelconque bar-tabac Et là, on s'en donne à cœur Et sans complexes On déballe des vérités Sur des gens qu'on a dans le nez On les lapide Mais on le fait avec humour Enrobé dans des calembours Mouillés d'acide On rencontre des attardés Qui pour épater leur tablée Marchent et ondulent Singeant ce qu'ils croient être nous Et se couvrent, les pauvres fous De ridicule Ça gesticule et parle fort Ça joue les divas, les ténors De la bêtise Moi les lazzis, les quolibets Me laissent froid, puisque c'est vrai Je suis un homme oh! Comme ils disent A l'heure où naît un jour nouveau Je rentre retrouver mon lot De solitude J'ôte mes cils et mes cheveux Comme un pauvre clown malheureux De lassitude Je me couche mais ne dors pas Je pense à mes amours sans joie Si dérisoires A ce garçon beau comme un dieu Qui sans rien faire a mis le feu A ma mémoire Ma bouche n'osera jamais Lui avouer mon doux secret Mon tendre drame Car l'objet de tous mes tourments Passe le plus clair de son temps Aux lits des femmes Nul n'a le droit en vérité De me blâmer, de me juger Et je précise Que c'est bien la nature qui Est seule responsable si Je suis un homme oh! Comme ils disent Comme un bateau (André Laverdière) Comme un bateau Glissant sur l'eau Entre les rocs et les marées; Comme une étoile Cherchant escale Entre l'ombre et l'éternité. Je me sens vivre, Et me délivre Du poids du temps et des bouées, Et je navigue entre les voix qui ensorcellent; Je me sens ivre Et je dérive De ponts en ponts vers la clarté, Et je rejoins les lignes blondes du soleil. Comme un roseau Fait ses rameaux Entre vents Sud et la rivière; Comme hirondelle Polit ses ailes Entre l'automne et le pré vert. Je prends racine, Et je dessine Le cours des fleurs et de la pierre, Et je me fonds aux chants de vie qui me commandent; Je prends mon vol Et je survole La voie des hommes et de la mer, Et je perçois les mille visages du monde. La bohème (Jacques Plante/Charles Aznavour) Je vous parle d'un temps Que les moins de vingt ans Ne peuvent pas connaître Montmartre en ce temps-là Accrochait ses lilas Jusque sous nos fenêtres Et si l'humble garni Qui nous servait de nid Ne payait pas de mine C'est là qu'on s'est connu Moi qui criait famine Et toi qui posais nue La bohème, la bohème Ça voulait dire on est heureux La bohème, la bohème Nous ne mangions qu'un jour sur deux Dans les cafés voisins Nous étions quelques-uns Qui attendions la gloire Et bien que miséreux Avec le ventre creux Nous ne cessions d'y croire Et quand quelque bistro Contre un bon repas chaud Nous prenait une toile Nous récitions des vers Groupés autour du poêle En oubliant l'hiver La bohème, la bohème Ça voulait dire tu es jolie La bohème, la bohème Et nous avions tous du génie Souvent il m'arrivait Devant mon chevalet De passer des nuits blanches Retouchant le dessin De la ligne d'un sein Du galbe d'une hanche Et ce n'est qu'au matin Qu'on s'asseyait enfin Devant un café-crème Epuisés mais ravis Fallait-il que l'on s'aime Et qu'on aime la vie La bohème, la bohème Ça voulait dire on a vingt ans La bohème, la bohème Et nous vivions de l'air du temps Quand au hasard des jours Je m'en vais faire un tour A mon ancienne adresse Je ne reconnais plus Ni les murs, ni les rues Qui ont vu ma jeunesse En haut d'un escalier Je cherche l'atelier Dont plus rien ne subsiste Dans son nouveau décor Montmartre semble triste Et les lilas sont morts La bohème, la bohème On était jeunes, on était fous La bohème, la bohème Ça ne veut plus rien dire du tout Les deux guitares (Charles Aznavour) Deux tziganes sans répit Grattent leur guitare Ranimant du fond des nuits Toute ma mémoire Sans savoir que roule en moi Un flot de détresse Font renaître sous leurs doigts Ma folle jeunesse Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Jouez tziganes jouez pour moi Avec plus de flamme Afin de couvrir la voix Qui dit à mon âme Où as-tu mal, pourquoi as-tu mal Ah t'as mal à la tête Mais bois un peu moins aujourd'hui tu boiras plus demain Et encore plus après-demain Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Je veux rire et chanter Et soûler ma peine Pour oublier le passé Qu'avec moi je traîne Apportez-moi du vin fort Car le vin délivre Oh versez, versez-m'en encore Pour que je m'enivre Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Deux guitares en ma pensée Jettent un trouble immense M'expliquant la vanité De notre existence Que vivons-nous, pourquoi vivons-nous Quelle est la raison d'être Tu es vivant aujourd'hui, tu seras mort demain Et encore plus après-demain Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Quand je serais ivre-mort Faible et lamentable Et que vous verrez mon corps Rouler sous la table Alors vous pourrez cesser Vos chants qui résonnent En attendant jouez Jouez je l'ordonne Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Ekh raz yechtcho raz yechtcho mnogo mnogo raz Les moulins de mon coeur (Michel Legrand/Marilyn et A. Bergman/Eddy Marnay) Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l'eau Comme un manège de lune avec ses chevaux d'étoiles Comme un anneau de Saturne, un ballon de carnaval, Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures Le voyage autour du monde d'un tournesol dans sa fleur Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon coeur Comme un écheveau de laine entre les mains d'un enfant Ou les mots d'une rengaine pris dans les harpes du vent Comme un tourbillon de neige, comme un vol de goélands, Sur des forêts de Norvège, sur des moutons d'océan, Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures Le voyage autour du monde d'un tournesol dans sa fleur Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon coeur Ce jour-là près de la source Dieu sait ce que tu m'as dit Mais l'été finit sa course, l'oiseau tomba de son nid Et voilà que sur le sable nos pas s'effacent déjà Et je suis seul à la table qui résonne sous mes doigts Comme un tambourin qui pleure sous les gouttes de la pluie Comme les chansons qui meurent aussitôt qu'on les oublie Et les feuilles de l'automne rencontrent des ciels moins bleus Et ton absence leur donne la couleur de tes cheveux Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l'eau Aux vents des quatre saisons, tu fais tourner de ton nom Tous les moulins de mon coeur Mon bel amour (André Laverdière) Quand je suis partie de mon pays Vers d'autres lieux, vers d'autres îles, Loin de ton coeur, loin de tes yeux; Quand j'ai vu s'agiter sous la pluie Tes bras aimés, tes mains fragiles En signe d'amour et d'adieu; J'ai senti en moi comme une lame, Une morsure ou un étau, Taillant, broyant dans tout mon corps; J'ai souhaité que les chants de mon âme Aillent vers toi comme vent chaud Embrasse les fleurs à l'aurore. Au revoir mon si bel amour, Au revoir mon si bel amour, Jamais, jamais ton doux visage, Jamais ne sera oublié. Quand j'ai choisi ce nouveau pays, Français au nord de l'Amérique, Baigné de lacs et de forêts; Quand j'ai songé à bâtir ma vie Sur ses rivages magnifiques, Si loin de toi, toi que j'aimais; J'ai senti en moi comme un grand vide, Une blessure, un abandon Noyant, brisant tous mes désirs; J'ai souhaité que mon amour dessine De grandes roses sur ton nom Appelant ton coeur à s'ouvrir. À bientôt mon si bel amour, À bientôt mon si bel amour, Déjà le temps offre en partage Tous ses instants, tous ses étés. Mon émouvant amour (Charles Aznavour) Tu vis dans un silence éternel et muet, où je traduis tes regards et lis dans tes sourires, interprétant les mots que tes mains veulent dire dans ton language étrange qui semble être un ballet.. Un émouvant ballet que tu règles pour moi de gestes façinants qui ne sont jamais les mêmes et quand du bout des doigts tu murmures je t'aime, j'ai l'impression parfois comme entendre ta voix.. Mon amour, mon amour, mon amour, mon émouvant amour, mon merveilleux amour, mon déchirant amour Comme pour te parler, je manquai de moyens me trouvant près de toi, comme en terre étrangère, ne pouvant me servir d'aucun vocabulaire, à mon tour j'ai appris le langage des mains, tu ris un peu de moi, car je suis maladroit, et fais souvent des gaffes, je n'ai jamais été très fort en orthographe, mais j'ai tant à te dire et je t'aime si fort.. Mon amour, mon amour, mon amour, mon émouvant amour, mon merveilleux amour, mon déchirant amour Musique (André Laverdière) Tu es ma joie, mon cri, mon innocence, L'âme qui joue des airs de délivrance, Tu portes en toi les lueurs et les teintes Qui sommeillent jusques au fond du coeur; Tu es ma voix, l'image de mes rêves, Même si parfois tes ébauches sont trop brèves, Je ne peux vivre sans tes accords et tes quintes, Je puise en toi mes nostalgies et mes bonheurs. Et quand tu feins de vouloir t'interrompre, Je ne suis plus qu'un corps qui veut se rompre, rompre. Musique, musique, musique, Berce-moi de tes sons magiques, Et laisse s'envoler mon être Vers des plaisirs qu'ignore la raison; Oh! toi musique, musique, ma muse, Tu es douleur ou bien le barde qui amuse, Emporte-moi dans des espaces où s'enchevêtrent Les mélodies et les couleurs de l'émotion. Tu es le vent qui siffle et tourbillonne, La feuille qui se colore à l'automne, Le gazouillis du ruisseau qui enchante Chacun des arbres et les fleurs des forêts; Tu es la plainte et le feu de l'orage Lorsque s'affrontent le soleil et les nuages, Tu es la symphonie des plaisirs et tourmentes, Je suis la forge où se façonnent tes sonnets; Et quand tu feins de vouloir t'interrompre, Je ne suis plus qu'un corps qui veut se rompre, rompre. Musique, musique, musique, Berce-moi de tes sons magiques, Et laisse s'envoler mon être Vers des plaisirs qu'ignore la raison; Oh! toi musique, musique, ma source, Tu sais donner une âme aux mots que le coeur souffle, Tu dis l'amour mieux que le verbe des poètes, Tu es à la fois solitude et la passion. Tes rêves (André Laverdière) Vois tes rêves, Ils ne sont pas de pierre, Ils survolent la mer Quand le matin se lève; Vois tes rêves, Ils ne sont pas de terre, Ils sommeillent sous la chair Attenant à tes lèvres; Vois tes rêves, Ils ne sont pas glacés, Ils préparent l'été En nourrissant la sève; Vois tes rêves, Ils ne sont pas blessés, Ils colorient le blé Avant l'œuvre du glaive. Dis mais quand feras-tu tous ces voyages Annoncés dans leur mystérieux langage; Quelle toile imprimera les couleurs Parsemées sur leurs horizons en fleur! Vois tes rêves, Ils s'amusent du temps En ajustant l'écran À tes inquiètes fièvres; Vois tes rêves, Ils esquissent le plan De tes pas hésitants Vers la vie qui t'enlève; Vois tes rêves, Ils ne sont que miroirs Du film de ta mémoire Conté en heures brèves; Vois tes rêves, Ils ne sont que l'espoir Transposé au Savoir Pour que ton âme lève. Dis mais quand liras-tu tous leurs messages Envoyés sur fond bleu ou ciel d'orages; Quelle étoile fera naître les lueurs Sur la voie ombragée de ton bonheur! Écoute tes rêves d'amour! Ton nom (Charles Aznavour) Ton nom C'est un mot merveilleux, un appel qui jaillit Et de souffle en murmure aboutit à ce cri Déchirant par instant Le silence angoissant De la nuit Ton nom Que répète ma voix et que reprend l'écho Met le trouble en mon âme Et tant qu'il vibre en moi Mon cœur ne connaît pas De repos Ton nom Qui fait naître la joie où stagnait la peur C'est l'étoile qui luit dans le ciel de mon cœur Et me guide à travers Les sentiers escarpés Du bonheur Ton nom A l'heure où l'ombre vient pour dépouiller le jour Se transforme pour moi en simple mot d'amour Et me fait prisonnier De la nuit, de toi et De ton nom Ton nom Claque comme un drapeau planté comme un défi Sur la terre promise au rêveur que je suis Car il flotte à présent Dans l'azur, pour le temps De ma vie Ton nom Que j'écris sur les murs, sur les arbres, partout Et le crie sur les toits, dans le vent comme un fou Que tu sois dans mes bras Ou perdue loin de moi Loin de tout Ton nom C'est un son obsédant qui voltige dans l'air Il plane autour de moi, il me frôle et me serre Et joue à retourner Mon sang et mes pensées A l'envers Ton nom Sur mes lèvres et mon corps rime avec mes désirs Il est tendre, il est chaud, il se dit à plaisir Et je ne peux sans faiblir Demain vivre ou mourir En ton nom |